Tuto : pourquoi et comment calibrer un écran ?

Qui n’a jamais remarqué que certains écrans n’affichaient pas exactement les mêmes couleurs ? Comment savoir quelles couleurs sont justes ? Pour un utilisateur lambda, dans un usage gaming et bureautique, c’est un facteur qui n’est pas forcément très important, à moins, éventuellement, que l’on veuille uniformiser les couleurs de plusieurs moniteurs différents qui composent son setup. Mais pour un graphiste, c’est un élément primordial. En effet, les couleurs doivent être identiques dans un processus de création graphique allant de votre moniteur jusqu’à une éventuelle impression. Nous allons ici, accompagné·e·s de notre sublime ASUS ROG Swift PG35VQ, vous expliquer pourquoi et comment calibrer un écran.

Pourquoi calibrer un écran ? Et ça veut dire quoi d’abord ?

Avant de commencer, il est très important pour comprendre cet article de connaître la notion de Delta E. La valeur appelée « Delta E » représente la différence de perception des couleurs par l’œil humain. Sous la barre de 1, un œil ne voit plus aucune différence entre les couleurs. Une couleur qui a un Delta E de 5-6-7-8, etc. est de plus en plus mauvaise, et une valeur de 0,90 ou 0,12 est simplement excellente puisque sous la barre des 1. Vous l’avez compris plus c’est petit mieux c’est.
Certains écrans à destination des professionnels sortent d’usine avec des calibrages pour que le Delta E soit inférieur à 2. Il s’agit d’écrans qui coûtent généralement assez cher et ont pour cible les professionnels de l’image ayant besoin de couleurs très précises dans leur travail. Ces écrans sont aussi généralement très uniformes, mais là on rentre dans un autre sujet que nous aborderons dans un autre article.

En revanche, de plus en plus d’écrans haut de gamme à destination des joueurs bénéficient aussi de cette particularité comme l’écran ASUS que nous prenons en exemple dans ce papier. Notez que l’œil humain « normal » est assez fort pour déceler une infime différence allant de 1/100 à 1/200 entre deux nuances de couleur, sans comparaison on nage totalement dans la semoule et il n’est pas possible de dire si la couleur est bonne ou non. Il faut donc utiliser un outil, celui-ci s’appelle colorimètre ou encore spectrophotomètre. Il mesure les longueurs d’ondes de la lumière : les couleurs qu’un scanner peut numériser, qu’une imprimante est capable d’imprimer ou qu’un écran est capable d’afficher. Il s’accompagne d’un logiciel dédié qui permet de créer des profils ICC en se basant sur les mires et autres mesures étalons.

Calibrer un écran avec la sonde Datacolor SpyderX Elite

Dans ce domaine, nous retrouvons deux termes qui sont calibrage et caractérisation (ou étalonnage). La différence est en fait assez simple puisqu’il s’agit de deux étapes complémentaires. Grossièrement, la calibration réside dans le principe de « préparer » son écran, on fixe la luminosité, le contraste, le gamma, mais aussi la température de couleurs. Cela se fait directement dans l’OSD de l’écran selon ce que l’on souhaite obtenir pour que la caractérisation puisse se faire. Changer une de ces valeurs dans l’OSD nécessitera à nouveau une caractérisation afin d’établir un nouveau profil ICC. Notez que dans nos tests, les paramètres de l’écran sont à stock et nous réglons l’écran pour atteindre une luminosité de 250 cd/m² avec une température à 6500K.

La caractérisation c’est l’étape qui va passer une multitude de couleurs sur l’écran afin que la sonde les mesure et définisse ainsi la carte d’identité colorimétrique du moniteur. C’est cette étape qui révélera au logiciel les modifications à effectuer afin de corriger les couleurs pour qu’elles soient plus justes.

Sachez également qu’à stock, les paramètres sont rarement optimaux. En fait un écran est souvent « maquillé » pour faire joli avec notamment la luminosité poussée au maximum. Concrètement, prenons pour exemple un test écran que nous avons réalisé sur le moniteur Viewsonic Elite XG270QG. Celui-ci affichait un Delta E moyen de 10,26 avec les paramètres d’usine. Soit un score qui n’est pas super top. En revanche une fois calibré nous avons obtenu un Delta E de 0,43. Cette valeur satisfait n’importe quel graphiste professionnel (qui ne regarde cependant pas uniquement ce point-ci). Autant dire qu’une telle différence se voit à l’œil nu. Certes, un gamer n’aura pas l’absolue nécessité d’avoir les couleurs les plus justes possible, mais cela reste tout de même bien plus agréable de pouvoir se fier à ce que l’on voit sur son écran.

Si l’on prend l’exemple de l’écran de notre PG35VQ, les couleurs en sortie de carton sont déjà bonnes avec un Delta E moyen relevé à 1,65. Une fois la dalle calibrée nous avons pu passer à une valeur de 0,78.

Test sonde Delta E ASUS ROG Swift PG35VQ

Tuto : comment calibrer un écran ?

Pour calibrer un écran, il s’avère que la marche à suivre est très simple à partir du moment où on a les bons outils. À la rédaction nous disposons de deux sondes, la X-rite EODIS3 i1 Display Pro et la SpyderX que Datacolor nous a généreusement fait parvenir pour compléter nos tests d’écrans. Dans nos tests nous aimons utiliser ces deux sondes qui sont à nos yeux complémentaires, chacune ayant ses spécificités. Dans le cadre d’une calibration standard, l’une ou l’autre sont déjà des références haut de gamme. Nous vous rassurons, pour calibrer votre écran une seule bonne sonde suffira amplement, nous n’avons pas les mêmes besoins. Nous allons donc suivre la marche à suivre avec la SyperX et avec la X-rite.

comment et pourquoi calibrer un écran avec une sonde

Pour ce petit tuto, nous allons donc utiliser l’écran ASUS ROG Swift PG35VQ que nous avons déjà testé.

Tuto calibrage avec la sonde SpyderX

Une fois que le logiciel est téléchargé et installé, il faudra bien évidemment le lancer. L’interface est très ergonomique et personne ne devrait faire de mauvaises manipulations. Détaillons les différentes étapes. La première va simplement vous demander ce que vous voulez faire : étalonner l’écran ou faire une épreuve-écran, choisissons la première option. Ensuite l’assistant va vous demander de vérifier plusieurs points pour que le calibrage se passe correctement, voici les points à vérifier :

  • Mise en température (préchauffage) : il faut laisser l’écran stabiliser sa température pendant au moins 30 minutes avant la calibration.
  • Conditions d’éclairage, assurez-vous de ne pas avoir de lumière qui vient sur l’écran directement comme une lampe de bureau trop proche.
  • Contrôles de l’écran : réinitialisez les paramètres de l’écran
  • Connexion au Spyder directement sur le PC sans passer par un hub ou un périphérique externe.

Ensuite nous devrons choisir s’il s’agit d’un écran de bureau, d’un écran de laptop ou encore d’un projecteur. Puis on choisira le fabricant de la dalle que l’on souhaite calibrer et on tape la référence dans le champ correspondant. Dans l’étape suivante l’assistant nous demande quels réglages sont disponibles sur l’écran : Luminosité et Préréglages Kelvin, dans notre cas seule la luminosité est à cocher puisqu’on ne peut pas modifier les Kelvin via l’OSD.
Puis nous sélectionnons la technologie d’affichage, c’est à dire le type de rétroéclairage, ici nous sélectionnons DEL étendue. Si vous ne savez pas quoi choisir, lisez bien les indications qui vous aideront forcément.
On sélectionne ensuite le processus souhaité :

  • Assistant pas-à-pas : L’assistant vous guide à travers les étapes du processeur d’étalonnage (l’option qu’on va sélectionner).
  • Studio Match : Synchroniser tous vos écrans de studio avec la plus grande précision possible.
  • Console Expert : Accédez à tous les paramètres à partir d’une fenêtre unique.

Dans l’étape suivante, nous devrons choisir entre trois autres options :

  • ReCAL : Étalonnage standard de l’écran.
  • CheckCAL : Vérification de l’étalonnage actuel.
  • FullCAL : Étalonnage complet de l’écran. C’est cette option que nous choisissons, le Gamma doit être sur une valeur de 2,2, la température de couleur sur 6500K et la luminosité selon votre préférence. De notre côté nous entrons une luminance de 250, les graphistes opteront généralement pour une luminosité moins forte.

Dans l’étape suivante (on y est presque, promis !) l’assistant veut mesurer la luminosité ambiante dans la pièce afin de nous recommander une luminosité avec un point blanc. Dans notre cas une luminance de 120 cd/m² avec un point blanc de 5800K est recommandé, nous préférons garder notre cible à 250 cd/m² avec le point blanc à 6500K.

Enfin, l’assistant va nous demander de placer la sonde sur l’écran, un guide apparaît alors pour bien la placer. Retirez le cache de protection de la sonde qui sert aussi de contrepoids et placez-la sur l’écran. Une fois la sonde en place, la première chose à faire va être d’ajuster la luminosité pour que celle-ci corresponde au mieux avec la cible de 250 cd/m² que nous avons prédéfinie. Une fois que cela est fait, le logiciel va passer un ensemble de couleurs pour les mesures.

Une fois cette étape terminée le logiciel nous demande de retirer la sonde de l’écran. On entre le nom du profil pour l’enregistrer et le nouveau profil ICC s’applique automatiquement. Le logiciel nous propose alors quelques images pour nous montrer la différence.

Libre à vous désormais d’analyser votre écran avec l’outil associé au logiciel si vous êtes curieux. Cette sonde est disponible sur Amazon au prix de de 179 euros pour la version Pro et à 149,95 euros sur LDLC.

Tuto calibrage avec la sonde X-rite EODIS3 i1 Display Pro

Passons maintenant à la calibration de l’écran via la sonde X-rite EODIS3 I1 Display Pro. Nous vous conseillons en revanche d’installer la version 1.8 du logiciel et non la version 3.2.

Logiciel i1profiler

Au premier abord, le logiciel paraît bien plus compliqué que celui de chez Datacolor, mais il est en réalité très simple aussi, à condition de savoir un minimum ce que l’on fait. On pourra directement se mettre en mode avancé puis on ira cliquer sur Caractérisation dans le menu tout en haut à gauche dans l’onglet Affichage. Ici on sélectionnera le point blanc à mettre sur Illuminant CIE D65 qui correspond à la température de couleur de 6500K. Encore une fois pour la luminance nous sélectionnons les 250 cd/m². Pour la courbe Gamma, comme toujours elle doit être à une valeur de 2,2. Quant au contraste on le laisse en natif pour profiter de ce que la dalle est capable de proposer. On laissera décocher les options Flare Correct et Contrôle actif de l’éclairage ambiant qui ne nous intéresse pas dans notre cas.

Dans la page suivante, trois options s’offrent à nous, l’Adaptation chromatique qu’on laissera par défaut sur Bradford, la Version du profil ICC qui doit être sur la V2 et enfin le Type de profil, là aussi par défaut Basé sur une matrice.

La page suivante nous demande la taille du patch, c’est-à-dire le nombre de couleurs que va passer le logiciel sous l’œil aguerri de la sonde. Petit, Moyen ou Grand, allant de 118 couleurs à 482 couleurs. Une fois son choix fait, dans la page suivante nous allons cliquer sur « Démarre la mesure », nous serons alors invité·e·s à ouvrir le cache de la sonde et à la placer sur la dalle.

Rien de compliquer pour positionner la sonde, les indications sont claires. Une fois la sonde en place le logiciel nous demande quels paramètres nous pouvons modifier sur l’écran. Après quelques premières mesures, nous devrons ajuster la luminosité pour être au plus proche de la valeur recherchée qui est de 250 cd/m². On valide une fois que la luminosité est ajustée et le patch de couleurs va commencer, pour que la sonde analyse l’ensemble des couleurs et puisse ensuite les corriger. Une fois l’opération terminée le logiciel nous invite à refermer le couvercle et retirer la sonde de la dalle.

Les mesures étant terminées nous pouvons maintenant donner un nom au profil ICC et l’enregistrer, là aussi le profil s’appliquera automatiquement. On pourra également choisir un rappel de caractérisation. Ici pas de règle d’or, selon votre usage cela pourra être plus ou moins distancé, tandis qu’un professionnel de l’image pourrait le faire une fois par semaine ou avant chaque projet, une personne plus lambda pourra le réaliser à plusieurs semaines voir plusieurs mois d’intervalle. En effet, un écran ne tient pas les couleurs dans le temps et plus la dalle est vieille plus les couleurs se dégradent (grossièrement).

Petite astuce : si l’écran vous le permet, inclinez la dalle vers le haut pour que la sonde repose bien sur la surface de la dalle. Cette sonde est disponible sur Amazon au prix de de 214 euros et à 249,95 euros sur LDLC.

Le profil ICC

Notez qu’une fois l’écran calibré, nous aurons un profil ICC lié à l’écran dans le système. En effet, la caractérisation ne s’effectue pas sur l’écran, mais s’enregistre directement dans l’ordinateur. C’est pour cette raison que nous mettons à disposition les profils ICC des écrans que nous testons afin que tout le monde puisse profiter du meilleur potentiel de son écran. Nous partons toujours d’une calibration avec les paramètres d’usine de l’écran.

Nous espérons que ce tuto vous aura plu et bon courage =)


Article en lien : Tuto : comment installer un profil ICC sur un écran avec Windows 10 ?


 

9 Commentaires

  1. Merci pour ton article Cyril !
    J’aurais quelques questions à te poser pour étoffer un peu tes explications.
    J’ai fait l’acquisition d’une paire de FI27Q-P pour changer mes écrans (très) vieillissants (on était pas sur du cathodique mais presque ^^) ainsi que d’une sonde X-Rite i1 Display Pro.
    Au passage, merci pour ton article sur ces écrans, il m’a été d’une grande aide !
    Mes questions sont assez basiques en fait.

    1 – Pourquoi choisir Illuminant CIE D65 dans la définition du point blanc ? Concernant ce point, je cherche juste à comprendre à quoi cela correspond et pourquoi ce choix est plus judicieux qu’un autre.
    2 – Pourquoi monter la luminance à 250cd/m² ? Là ma question est double, je souhaiterai, à l’instar de la question précédente, comprendre le principe, mais également comprendre pourquoi monter aussi haut. Personnellement, je suis assez sensible aux fortes lumières, et ai tendance à travailler et jouer dans un environnement plutôt sombre…250 cd/m² me paraît colossal…
    3 – Est-ce judicieux, du coup, de procéder au réglage des écrans avec cette valeur de luminance, afin de garantir la justesse des réglages, puis de baisser la luminosité de l’écran pour qu’elle corresponde à l’appréciation de l’utilisateur ?

    J’ai dit que les questions étaient basiques…pas qu’elles prendraient pas 20 lignes ! ^^

    Merci encore pour tes différents articles, toujours plein d’informations intéressantes, pertinentes et surtout compréhensibles aisément !

    • Hello !

      1 : Le CIE D65 correspond à une température de 6500K, soit la lumière du jour, l’aspect le plus naturel en quelque sorte, dessous les couleurs sont trop chaudes et au-dessus trop froides. (on parle ici de la température du point blanc)

      2 : 250 cd/m² est un choix personnel, tu peux très bien être plus bas il n’y a aucun problème à ça, les procédures de calibrage sont identiques mise à part la cible de luminance 🙂

      3 : changer la luminosité de l’écran nécessite en principe une nouvelle caractérisation, mais si tu as la sonde c’est parfait ! Ce qu’il faut faire c’est choisir la luminosité que tu veux dans le logiciel de la sonde et à suivre les étapes suivantes pour effectuer la bonne caractérisation 🙂

      Merci à toi de lire nos articles !

      Répondre

  2. Mais donc, on est obligé d’avoir une sonde pour calibrer correctement son écran ? Ça m’étonne qu’on puisse pas le faire avec un logiciel simple et abordable.

    Mon pc portable a les noirs beaucoup trop noirs et sombres, ce qui est embêtant dans les films et séries lors de scènes sombres.

    J’ai tenté de modifier les couleurs mais bof.

    • Hello,

      Si tu veux calibrer ton écran pour avoir les « vraies » couleurs tu es obligé de passer par une sonde, ou au moins de profil un profil ICC à télécharger et à installer. Sans sonde tu peux faire quelques ajustements histoire d’avoir quelque chose qui te plait mieux que ce que tu as d’origine, mais sans savoir si tu te rapproches ou non des valeurs étalons 🙂

      Pour comparaison, c’est comme si tu essayais de mesurer une distance, sans avoir de quoi mesurer cette distance (et ce serait bien plus simple)

      En revanche, je n’ai jamais vu quelqu’un ne pas être content d’avoir des noirs trop noirs ! Ce ne serait pas plutôt la luminosité le souci ?

      • Ben justement, j’imagine que ça pourrait être un problème de luminosité.

        Cela dit, même en augmentant à fond la luminosité, c’est un peu mieux mais toujours pas ouf. J’ai encore ajouté une couche grâce au logiciel intel de ma CG pour améliorer un peu le résultat mais toujours pas top.

        En gros, je trouve globalement les couleurs jolies, mais quand une scène sombre s’affiche, c’est à peine si j’arrive à voir la scène. Il y a vraiment un problème avec les couleurs sombres.

        C’est peut être la dalle qui est mauvaise, possible ?

  3. Les écrans pc bas de gamme ont tendance à ne pas « allumer » les pixels de la dalle pour faire du noir 😉 du coup certains écrans pourris font du noir à outrance c’est surement ce que adrien subit 😉

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